Recréer des soleils en modèle réduit, serait une belle réponse aux enjeux énergétiques. Après soixante ans de recherche sur la fusion nucléaire, l’entreprise Lockheed Martin nous promet enfin des réacteurs sur le marché d’ici 10 ans.

L’atome n’a plus la côte. Tchernobyl, Fukushima, Kychtym… Trois exemples tragiques qui ne sont hélas pas les seuls. Le nucléaire est source de crainte. Mais méfions-nous des amalgames et rappelons que la physique distingue deux types de réaction nucléaire : quand un noyau se scinde en deux, c’est la fission; quand deux noyaux s’unissent, on parle de fusion. La première est impliquée dans les accidents suscités ainsi que dans les bombes nucléaires qui ont dévasté Nagazaki et Hiroshima en 1945. Quant à la seconde, en revanche, si elle présente un casier judiciaire vierge, elle n’en demeure pas moins puissante, au contraire. La bombe hydrogène, testée mais jamais employée, en exploite la capacité énergétique, le soleil aussi.
Intéressons-nous à la fusion. Simple par le principe, le phénomène est pourtant difficile à maîtriser tant il réclame des conditions extrêmes de chaleur et de vide pour se produire. A température et pression ambiante, la fusion est impossible, les noyaux atomiques se repoussent. Par contre, en chauffant des atomes dans du vide, on crée un plasma. La répulsion est vaincue. La réaction de fusion intervient alors et génère de l’énergie, trois à quatre fois plus que pour la fission. Ses déchets sont moins radioactifs et l’exploitation moins dangereuse.

Réduire pour réussir

Déjà soixante ans que la recherche s’intéresse à la fusion. Les projets sont pleins de promesses mais toujours aucune technologie civile n’est exploitable. Pourtant, le 15 octobre dernier, une annonce tonitruante est publiée, elle signerait la domestication de la fusion nucléaire. La compagnie américaine Lockheed Martin promet un produit commercial dans 10 ans. De la taille d’un conteneur, il serait capable, selon son porte-parole, d’alimenter en électricité une ville de 100.000 habitants. Dans le même temps, le projet international ITER, concurrent direct, essuie des retards et voit son budget prévisionnel tripler.

Mais Lockheed Martin va plus loin encore. A coup de beaux slogans sur des photos exaltantes, elle annonce des bateaux et avions à fusion, la désalinisation à bas coût et une aubaine énergétique pour le tiers monde. Et même la conquête de mars, en un mois au lieu de six. Pour expliquer tout cet emballement, il faut revenir à la technologie développée. Contrairement au projet ITER qui voit les choses en grand et en dur, la firme américaine a baptisé sa technologie Compact Fusion. Changer d’échelle, voilà tout. Ils mettent en avant le gain de temps ainsi généré par la dimension réduite : dix fois plus petits, les prototypes sont construits plus rapidement et l’évolution s’accélère.
Prudence toutefois car la communauté scientifique s’est montrée plutôt perplexe et un peu trop enthousiaste à cette annonce. Il est vrai que pour l’heure, c’est essentiellement un gros coup de com’ d’autant que les données scientifiques n’ont pas encore été publiées. Pour autant que l’on sache, Lockheed Martin a persévéré sur une voie que d’autres avaient abandonnée. Les données scientifiques sont promises sous peu, mais d’ici là les doutes sont de mise sur les perspectives de la fusion compacte. Voilà au moins de quoi faire de beaux rêves de science-fiction.

Sources

– Electronics-eetimes.com, (2014). Cheap fusion beats fossil fuels – Electronics Eetimes. [Accessed 27 Oct. 2014].
– Norris, (2014). Skunk Works Reveals Compact Fusion Reactor Details | Technology content from Aviation Week.[Accessed 27 Oct. 2014].
– Tollefson, J. (2014). Lockheed Martin’s fusion goals meet scepticism. Nature. [Accessed 29 Oct. 2014].

Crédits Photo  : « Sun in X-Ray » par NASA Goddard Laboratory for Atmospheres — NASA Goddard Laboratory for Atmosphereshttp://rsd.gsfc.nasa.gov/rsd/images/yohkoh.htmlhttp://rsd.gsfc.nasa.gov/rsd/images/yohkoh_l.gif. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.