L’histoire de Jane Goodall, primatologue de renommée mondiale, fera l’objet d’un film réalisé par le National Geographic qui sortira en mars prochain. Ce long métrage qui décrira les travaux réalisés sur le terrain par la scientifique avec des images d’archives inédites est d’ores et déjà nommé aux Oscars 2018 dans la catégorie du meilleur documentaire.

Il n’est pas étonnant que la vie de Jane Goodall ait motivé la réalisation d’un film. Cette britannique inspirante et déterminée a vécu des aventures dignes de celles des grands explorateurs et est aujourd’hui encore l’une des plus grandes figures de la protection de l’environnement.

Née le 3 avril 1934, elle développe, petite déjà, une passion pour le continent africain à travers les héros de son enfance, le Dr Doolittle (héros naturaliste de l’auteur anglais Hugh Lofting qui, dans une de ses histoires, sauve des animaux d’un cirque et les ramène en Afrique) ou encore Tarzan. Mais ce rêve de voyage parait inaccessible à la jeune fille issue d’une famille londonienne modeste, qui suit alors une formation pour devenir secrétaire. Enfant, déjà captivée par la nature, elle raconte à ses amis pouvoir parler aux animaux et est fascinée par l’intelligence et les émotions de son chien Rusty, qu’elle considère encore aujourd’hui comme une des figures déterminantes de sa vie.

Les débuts de son aventure africaine

En 1956, l’une de ses amies d’enfance dont les parents se sont expatriés au Kenya lui propose de venir chez elle pour passer des vacances. Jane y voit une opportunité qu’elle ne peut refuser. Elle enchaîne les petits boulots afin de rassembler l’argent nécessaire pource voyage. C’est en 1957, à 23 ans, qu’elle arrive pour la première fois sur le continent africain. Elle y fait la connaissance de Louis Leakey, un paléontologue d’origine britannique implanté au Kenya et étudiant principalement les primates. Impressionné par la culture et les connaissances de la jeune femme, qui explique avoir passé de très longues heures au Musée d’Histoire Naturelle de Londres, il lui propose de devenir son assistante sur les futures recherches qu’il va effectuer en Tanzanie.

Trois ans plus tard, en 1960, il trouve des fonds afin qu’elle puisse débuter son premier véritable travail scientifique sur les comportements et la vie sociale des chimpanzés près du lac Tanganyika, dans le Parc national de Gombe Stream, toujours en Tanzanie. Jane se voit alors confrontée aux obstacles de la bureaucratie britannique, peu encline à autoriser une compatriote féminine, seule de surcroit, à partir en Afrique, dans ce continent souffrant encore d’une mauvaise image due au contexte post-colonialiste de l’époque. Pour que son séjour soit autorisé, il faut qu’elle trouve une personne pour l’accompagner. Sa mère, Margaret Myfanwe Joseph, se propose alors pour rester quatre mois avec elle et lui permettre de s’engager dans cette aventure qu’elle a toujours encouragée.

Les deux femmes arrivent en Tanzanie et Jane commence ses observations en juillet 1960. N’ayant obtenue une bourse que pour six mois d’études, elle vit le début de son séjour avec beaucoup de stress et d’appréhension : il fallait absolument qu’elle ait fait une découverte intéressante durant ce laps de temps pour pouvoir continuer ses recherches. C’est seulement quelques jours après le départ de sa mère que la scientifique va faire l’observation qui va déterminer la suite de sa carrière et qui va profondément changer les bases de la primatologie de l’époque. Elle voit un chimpanzé mâle se saisir d’une branche, lui arracher toutes ses feuilles et la planter dans une termitière afin d’en extraire plus facilement les termites pour s’en nourrir. C’est la preuve que les chimpanzés sont capables d’utiliser les outils, une compétence qui n’était jusqu’alors attribuée qu’aux êtres humains.

Cette découverte, ainsi que la démarche d’étude de Jane Goodall vont bouleverser les méthodes de primatologie et le rapport homme-animal qui existait en science jusqu’alors. Jane nomme les chimpanzés, refusant de ne leur attribuer que des numérotations. Elle réalise une approche respectueuse de ses sujets, en essayant de se faire accepter parmi eux sans s’imposer mais avec patience. Ses travaux, qui correspondent à l’étude la plus longue jamais réalisée sur le terrain, permettent également de mettre en lumière une culture sociale primitive, c’est-à-dire que certains comportements se transmettent entre individus au sein d’un groupe et ne se retrouvent pas dans les autres groupes éloignés géographiquement. Elle observe également que le régime alimentaire des chimpanzés n’est pas végétarien mais plutôt omnivore.

Louis Leakey s’arrange pour que Jane Goodall soit acceptée à l’Université de Cambridge : elle obtient un doctorat en éthologie (science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel) en 1965 et ce, malgré le fait qu’elle n’ait eu aucun diplôme auparavant.

 

Son changement de vie : l’engagement pour la préservation de la nature

Son engagement dans la protection de l’environnement prend un tournant en 1986 lors d’une conférence à Chicago. C’est à ce moment-là qu’elle prend conscience du lien entre les conséquences de la déforestation et la diminution du nombre de chimpanzés. Elle prend alors la lourde décision de quitter la forêt et le groupe de chimpanzés qu’elle suit depuis de nombreuses années pour consacrer sa vie à sensibiliser les populations à la défense des chimpanzés et la préservation de la planète.

Déjà attachée à cette cause, elle avait fondé en 1977 le Jane Goodall Institute, une organisation de protection de la biodiversité, d’aide au développement durable et d’éducation environnementale. Implanté dans plus de trente pays, cet institut mène de nombreuses campagnes pour éveiller les consciences et soutient plusieurs projets de terrain en Afrique.

En 1991, Jane crée un programme éducatif appelé Roots and shoots qui encourage la mise en œuvre d’initiatives d’enfants ou d’adolescents à l’échelle locale et dont le but est de rendre le monde meilleur.

Aujourd’hui à 84 ans, Jane Goodall n’a pas arrêté son combat pour la préservation de la nature. Elle voyage encore 300 jours par an pour donner des conférences ou rencontrer des acteurs de la lutte pour l’environnement. Elle forme avec Dian Fossey (qui étudiait les gorilles) et Birutė Galdikas (qui a travaillé avec les orang-outan) un trio de femmes scientifiques ayant collaboré avec Louis Leakey et fortement impliquées dans la protection des primates. Ces « Trimates », ou « Anges de Leakey » (Leakey’s Angels) sont un modèle pour beaucoup de jeunes scientifiques avides de recherche en milieu naturel.

 

Sources

  • Hariel Cyrielle, 22/01/2018, Le portrait : Docteur Jane Goodall, primatologue et fondatrice du Jane Goodall Institute, « Circuits courts », Europe 1. (Podcast)
  • Luneau Aurélie, 14/07/2001, Jane Goodall, une voix pour les chimpanzés, « La marche des sciences », France Culture. (Podcast)
  • Stefanini Jade, 2015, Jane Goodall (1934-), Grande-Bretagne, Citoyennes de la Terre, Éditions science et bien commun (Collectif d’écriture sous la direction de Florence Piron)
  • Thomasson Bernard, 20/01/2018, L’anthropologiste Jane Goodall :  » Il n’est pas trop tard pour sauver la planète », « L’invité culture », France Info. (Podcast)
  • Vidal Matthieu, 27/05/2014, Portrait de Jane Goodall, « La tête au carré », France Inter. (Podcast)