Participer

© Indesciences.com
Tous droits réservés.
Site réalisé par William Traoré

Le cannabis, une valeur thérapeutique au milieu des effets à risques ?

Par Victor Fourdinier - Le 16 novembre 2022

/!\ Cet article est à titre informatif et n’entraine en aucun cas un jugement ou une incitation à la consommation de cannabis /!\

Au centre des controverses pour permettre sa libre commercialisation contrôlée en France, le cannabis anime les esprits à différentes occasions, du loisir au traitement thérapeutique. Comment les extraits d’une plante peuvent-ils être si dangereux et en même temps utilisés à but thérapeutique ? 

Le cannabis (ou marijuana) est un produit extrait du chanvre (cannabis sativa), plante à feuilles palmées originaire d’Asie centrale. Ses effets psychotropes étaient connus dès le 5ème avant J.C, et ont vu une expansion rapide à travers toute l’Asie et le bassin méditerranéen.

L’ère moderne a permis d’identifier les molécules responsables des effets procurés par la consommation de cannabis, que ce soit par voie orale ou par inhalation: les Cannabinoïdes. Parmi les plus importantes molécules du cannabis, le THC (tétrahydrocannabinol) est la molécule responsable de la majorité des effets psychotropes de la consommation de cannabis, agissant sur le cerveau (1).

Les effets aigus sont multiples et dépendent de plusieurs facteurs, comme la quantité ou la voie de consommation, l’état physique et mental de la personne : L’effet sur l’humeur, principale caractéristique de l’usage récréatif du cannabis, se manifeste par une diminution de l’anxiété, de la vigilance, de la dépression et de la tension sociale. Un effet supplémentaire est l’altération de la perception: les couleurs, sons et émotions semblent plus vives et intenses, accompagnés d’hallucinations en cas de fortes doses. Enfin, le dernier effet important de la consommation de cannabis affecte la cognition et les capacités psychomotrices, de façon similaire à l’alcool, la consommation de THC produit un ralentissement du temps de réaction, une incoordination motrice, des défauts de la mémoire à court terme et difficulté de concentration dans les tâches complexes. L’une des conséquences majeures de ces effets, est l’augmentation de la probabilité d’avoir un accident de la route, le cannabis causant x accidents de la route chaque année. (2)

La consommation chronique de cannabis provoque également des troubles de l’attention, des difficultés à traiter des informations complexes, et des problèmes de mémoire, ces effets peuvent durer plusieurs semaines à plusieurs années après l’arrêt de la consommation (3).

Connaître les effets du cannabis a permis d’en connaître le danger, encore faut-il comprendre comment il agit sur le cerveau humain, ici nous allons nous intéresser à la mémoire.

L’effet du THC sur la mémoire

Le cerveau humain, aussi complexe soit-il, nous révèle peu à peu ses secrets et son fonctionnement. Parmi les structures impliquées dans le processus de mémorisation, l’hippocampe a été identifié comme un acteur important (4) et continue d’être étudié afin d’en déchiffrer toutes les fonctions physiologiques ainsi que les effets pathologiques. Il s’est également révélé être une des cibles des cannabinoïdes (5). Ainsi, il est un candidat d’étude parfait pour les chercheurs voulant connaître l’effet du THC sur les neurones, et leurs conséquences sur les mécanismes de perte de mémoire. Bien que ceux-ci soient nombreux, nous allons ici nous focaliser sur les effets au niveau de la mitochondrie.

L’hippocampe est en partie composé de neurones, qui, comme toute cellules du corps humain, possèdent des mitochondries, organites intracellulaires qui produisent l’énergie, sous forme d’ATP, nécessaire au fonctionnement des cellules par un phénomène que l’on nomme la “respiration mitochondriale ». Lors de la consommation de cannabis, le THC vient se fixer sur des récepteurs aux cannabinoïdes présents à la surface des mitochondries. Cette fixation entraîne une cascade chimique au sein de la mitochondrie, résultant en une diminution de la respiration mitochondriale, Ainsi, celles-ci produisent moins d’énergie, diminuant la capacité des neurones de l’hippocampe à exercer leurs fonctions telles que la transmission d’informations de souvenirs vers les différentes aires du cerveau (5).

Ainsi le THC diminue la capacité du cerveau à enregistrer des souvenirs à court terme ce qui, à terme, peut entraîner des difficultés de mémorisation. 

Le cannabis possède de nombreux autres effets négatifs que nous ne développerons pas ici. Néanmoins, on peut tout de même préciser qu’il possède des vertus reconnues parmi le corps médical, et peut être même utilisé comme traitement, à l’instar de la morphine.

Le cannabis, un possible traitement thérapeutique  

Encore au stade expérimental en France, le cannabis thérapeutique est aujourd’hui sujet d’étude et de test sur des pathologies graves. Les cas cliniques retenus par le comité scientifique sont entre autres les personnes atteintes de certaines formes d’épilepsie sévères, de certains symptômes rebelles en oncologie liés au cancer ou à ses traitements, ou encore de spasticité douloureuse de la sclérose en plaques. (6) 

Les voies d’administration sont différentes, pour ces recherches, des formules moins dangereuses ont été mises en place, comme des sommités fleuries de cannabis à vaporiser pour inhalation ou sous forme d’huile administrée par voie orale. Cette dernière permet d’étudier l’effet du premier passage hépatique, impliqué dans la métabolisation, sur l’effet du cannabis, comparée aux effets “classique” de l’inhalation du cannabis. 

Cette expérimentation en France a débuté en mars 2021, prévue pour deux ans, permettra ou non son utilisation par les professionnels de santé dans le traitement des pathologies évoquées, voir dans d’autres cas cliniques si l’étude découvre une utilité autre du cannabis thérapeutique.

En parallèle des études sur le cannabis, une autre molécule connue du cannabis, le CBD (ou cannabidiol), est commercialisé en France depuis l’arrêté de juin 2021, si ce dernier provient d’une variété de cannabis cultivé dans l’Union européenne et qu’il est spécifique en ne contenant que 0.2% de THC. Cette molécule, identifiée en 1963 (7), est dépourvue de propriétés psychoactives.

L’intérêt du grand public dans l’utilisation du CBD se tourne vers ses supposés effets antalgiques et dermatologiques, mais également décontractant musculaires, effets qui intéressent beaucoup pour le traitement de l’épilepsie (8). Néanmoins, bien que dépourvu d’effets psychoactifs, le CBD n’est pas sans risques; les effets néfastes connus par voie orale sont le manque d’appétit, diarrhées et somnolence (8).

Il est donc nécessaire d’approfondir la recherche scientifique sur les effets du CBD avant que celui-ci puisse être défini comme un traitement sûr et efficace.

Sources

  1.       Martin-Santos, R et al. “Acute effects of a single, oral dose of d9-tetrahydrocannabinol (THC) and cannabidiol (CBD) administration in healthy volunteers.” Current pharmaceutical design vol. 18,32 (2012): 4966-79.
  2. Eichenbaum , P Dudchenko , ER Wood , M Shapiro , H Tanila. L’hippocampe, les cellules de lieu et la mémoire : est-ce une mémoire spatiale ou un espace mémoire ? Neuron, 23 (1999)
  3.   Hall, W, and N Solowij. “Adverse effects of cannabis.” Lancet (London, England) vol. 352,9140 (1998): 
  4.   Sekeres, Melanie J et al. “The hippocampus and related neocortical structures in memory transformation.” Neuroscience letters vol. 680 (2018): 39-53.
  5.   Hebert-Chatelain E, Desprez T, Serrat R, Bellocchio L, Soria-Gomez E, Busquets-Garcia A, et al. A cannabinoid link between mitochondria and memory. Nature. nov 2016;539(7630):555‑9.
  6. Dossier thématique – Cadre et mise en oeuvre de l’expérimentation – ANSM
  7. T. W. M. Davis, C. G. Farmilo, and Miroslaw. Osadchuk, Identification and Origin Determinations of Cannabis by Gas and Paper Chromatography. Analytical Chemistry 1963 35 (6), 751-755
  8. Franco V, Bialer M, Perucca E. Cannabidiol in the treatment of epilepsy: Current evidence and perspectives for further research. Neuropharmacology. mars 2021;185:108442.

Toi aussi participe au blog !

Participer