C’est en mêlant plusieurs disciplines, comme la chimie, la physique ou encore l’histoire que les scientifiques parviennent aujourd’hui à déchiffrer les œuvres d’art. Plusieurs techniques non invasives permettent désormais de révéler la composition en pigments, la méthode de réalisation ainsi que bien d’autres secrets de nombreuses œuvres exposées.

Périodiquement les tableaux et autres œuvres d’art passent entre les mains de différents spécialistes. Pendant que des chimistes et physiciens analysent leur nature et leur âge, les historiens tentent de les relier à leurs créateurs et aux matériaux utilisés. Ce type d’approche a déjà permis de lever le voile sur certains secrets tel que l’origine du sourire de Mona Lisa.

Au temps de l’Égypte ancienne

L’étude du buste de la célèbre  Néfertiti révèle que du  Kôhl noir permettait de mettre en valeur les yeux au temps de l’Egypte Ancienne. Des fouilles ont également montré que lors des cérémonies mortuaires des égyptiens plaçaient des objets de la vie quotidienne ainsi que des fards au près de leurs défunts. Un partenariat entre  L’Oréal Recherche et le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) en 1995 s’est intéressé à ces fards et a révélé la présence de composés de plomb dans les pigments élémentaires. Leur utilisation a notamment été comprise grâce à la découverte du « livre de recette » de cosmétiques et de remèdes écrit par Pline l’Ancien au 1er siècle. De plus, cette approche multidisciplinaire a permis de mettre à jour un mécanisme complexe d’activation immunitaire. En effet, à faible dose le plomb n’est pas toxique. Néanmoins, à son contact, les cellules subissent un stress et libèrent du monoxyde d’azote (NO). Le système immunitaire ainsi activé, les yeux sensibles sont mieux vascularisés et donc mieux protégés face aux nombreuses infections de l’époque.

Sous le sourire de la Joconde

Des méthodes non invasives doivent être employées pour les pièces majeures des musées. Par exemple, les différentes couches de peinture de la Joconde de Leonard de Vinci sont étudiées in situ une fois par an à l’aide d’une spectroscopie de fluorescence des rayons X. L’évolution de la peinture et du glacis liant les poudres sont également passés au peigne fin par les scientifiques. Des coupes virtuelles peuvent ainsi être effectuées par modélisation. Cette technique nous apprend notamment que l’œuvre de De Vinci est aussi fine qu’un cheveu (50µm). Cette technique a aussi prouvé que l’énigmatique sourire de la Joconde était constitué d’une subtile superposition d’une vingtaines de couches de 2µm d’épaisseur. Ceci aurait permis d’effacer les traces de pinceaux afin d’obtenir un rendu net et précis. D’autres détails, comme la composition du pigment noir tant jalousée du peintre Giorgio Vasari ou les quatre années passés derrière le chevalet, ont permis à De Vinci de réaliser un travail titanesque sans ligne ni contour qui impressionna et impressionne encore beaucoup aujourd’hui. Relier la physico-chimie à l’histoire des sociétés est une puissante méthode pour l’analyse des œuvres d’art. Au delà d’une meilleure compréhension de ces œuvres et de leurs artistes, l’étude scientifique enrichit les méthodes de conservation utilisées dans les musées.

Article MyScienceWork réseau social scientifique et média de vulgarisation – travail d’édition Nadège Joly.

Sources

Nouvel éclairage sur les visages de Léonard de Vinci, CNRS Communiqué de presse, (2010)

La chimie s’invite au musée, CNRS le journal n. 232, (2009)

Rencontre entre beauté égyptienne et chimie, CNRS info, 394, (2002)

[1] Making make-up in Ancient Egypt, P. Walter, P. Martinetto, G. Tsoucaris, R. Bréniaux, M.A. Lefebvre, G. Richard, J. Talabot, E. Dooryhee, Nature, vol. 997, (1999)http://www.nature.com/nature/journal/v397/n6719/abs/397483a0.html