Dans ce nouvel épisode d’Indésciences Podcast, nous avons rencontré Marjorie Durand, chercheuse à l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA) dans l’unité “Biologie Ostéo-articulaire”. Au programme, elle nous parle de son parcours, de ses coups de cœur de recherche et de comment elle en est venue à travailler sur l’ingénierie tissulaire et la régénération osseuse.

Actuellement, en cas de fracture osseuse avec perte de substance (traumatisme, blessure par balle, etc.), le traitement de première intention consiste à réaliser une greffe osseuse autologue (en prélevant un échantillon d’os du patient, le plus souvent au niveau de la crête iliaque). L’avantage de cette stratégie est que les tissus sont fortement histo-compatibles et non-immunogènes. Cependant, en cas de perte de substance importante, cette stratégie ne permet pas d’obtenir de grandes quantités d’os et se révèle souvent insuffisante.  

Il y a eu un tournant à la fin des 90 du point de vue conceptuel. Les chercheurs ont compris qu’il n’y aurait pas d’avancée significative dans le domaine sans pluridisciplinarité : de bons biomatériaux sont des produits qui reposent à la fois sur la science des cellules souches, sur la biomécanique et sur la science des matériaux. En effet, depuis une trentaine d’années, les biomatériaux ont nettement évolués . Les métaux, la céramique, le téflon ou encore le corail, pertinents d’un point de vue biomécanique, mais pas complètement biocompatibles ou biodégradables, ont laissé la place à une deuxième génération de polymères naturels ou synthétiques (par exemple le collagène). Cependant, leur utilisation en clinique se heurte régulièrement à des restrictions biomécaniques et entraîne trop souvent une réponse immunitaire.

À l’image ce qui est fait pour la peau dans le traitement des grands brûlés, les enjeux actuels de l’ingénierie tissulaire osseuse sont donc de réparer ces fractures avec pertes de substance osseuse en essayant de reproduire un équivalent de greffon synthétique efficace, biocompatible et disponible en grande quantité, et ce, avec un coût relativement raisonnable. Les pistes actuelles consistent à associer des biomatériaux ostéo-conducteurs, qui vont constituer un véritable canevas pour la prolifération des cellules (ostéo-progéniteurs) et des facteurs de croissance osseuse (ostéo-inducteurs). La dernière génération de biomatériaux repose sur l’utilisation des nanotechnologies et a été imaginée de sorte à présenter des signaux favorables à la survie et la prolifération cellulaire.

Écoutez cet épisode passionnant pour découvrir une discipline qui revêt de nombreux enjeux dans le traitement futur des traumatismes osseux importants et qui permet beaucoup d’interactions entre les différents corps de métier scientifiques et médicaux. Comme souvent en recherche, ces interactions sont fondamentales pour l’avancée du domaine et le travail de paillasse est souvent confronté à la réalité du terrain.