Au premier trimestre 2017, l’Amicale Paris Sciences – l’association d’étudiants affiliée à la licence Sciences pour la Santé de l’université Paris V Descartes – a organisé le concours Culture Santé, un concours de vulgarisation scientifique à destination de ses étudiants. Indésciences a eu le plaisir de s’associer à cet évènement qui correspond tout à fait aux principes et à la dynamique que nous souhaitons défendre pour apporter une « nouvelle » diffusion des sciences de qualité auprès des étudiants. Dans le cadre de notre partenariat nous vous présentons les 3 articles qui ont été récompensés par un jury composé de membres de l’équipe pédagogique de l’Université et d’un membre de notre équipe. Ces articles sont publiés dans le cadre de notre partenariat et n’ont pas été relus par notre équipe rédactionnelle avant publication comme cela est le cas pour les articles publiés sur notre blog. Nous vos souhaitons une bonne lecture ! 


De nos jours, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux perturbateurs endocriniens (PE) qui sont l’un des enjeux majeurs de santé publique. Pourquoi ces composés suscitent-ils autant d’inquiétudes ? Quels sont leurs effets sur notre organisme ? Nous allons tenter de répondre à toutes ces interrogations à travers cet article.

Qu’est-ce qu’un PE ?

Les PE sont des substances chimiques exogènes qui nuisent au bon fonctionnement du système hormonal en agissant soit sur la quantité d’hormones(i), soit sur leur activité dans notre corps. Ils peuvent être très toxiques pour l’organisme à faible comme à forte dose. Ils peuvent être d’origine naturelle ou synthétisés par l’Homme.

Le système hormonal est un ensemble de glandes endocrines (thyroïde, pancréas) qui vont permettre la sécrétion d’hormones. Il joue un rôle primordial dans la reproduction, la croissance, le métabolisme, le développement neurologique…

Où les retrouve-t-on ?

Les PE sont omniprésents dans notre quotidien. On les retrouve principalement dans l’eau, l’air, l’alimentation mais aussi dans les cosmétiques.

 

 Principales familles chimiques de PE

Comment interfèrent-ils avec le système hormonal ?

Tout d’abord regardons le mécanisme d’action d’une hormone dans notre corps.

Mécanisme d’action d’une hormone: pour être fonctionnelle l’hormone va devoir se lier à son récepteur spécifique situé sur la membrane de la cellule.

Il faut savoir que les perturbateurs endocriniens interagissent avec l’organisme de plusieurs façons.

Ils peuvent se fixer sur les récepteurs initialement prévus pour recevoir l’hormone et l’empêche ainsi d’exercer son effet sur l’organe cible. Sur le schéma ci-dessus les PE vont prendre la place du triangle violet par exemple.

Ils influencent la production des hormones naturelles en agissant sur les mécanismes de transport, de synthèse ou d’excrétion des hormones.

Ils sont capables de prendre la place de l’hormone dans le corps et de mimer son action. Ils se fixent sur le même récepteur que celui de l’hormone et exercent le même effet. On les appelle alors des agonistes.

Enfin lors de la conception des embryons, ils modifient le nombre de récepteurs aux hormones initialement prévus causant des dégradations irréversibles.

Par quelles voies entrent-ils dans notre organisme ?

Ces composés toxiques sont capables de rentrer dans notre organisme par de nombreuses voies. Ils rentrent par la bouche par exemple lorsque nous mangeons ou nous buvons. Ils rentrent aussi par les voies nasales lorsque nous respirons l’air et peuvent être transportés par les bactéries. Enfin la peau est aussi une voie d’entrée de ces substances par exemple lorsque nous mettons de la crème. La crème est absorbée par la peau : cette voie est appelée percutanée (= à travers la peau).

Qu’en pensent les chercheurs ?

Le 7 mars 2017, des chercheurs du CNRS ont réussi à montrer que la présence de 15 perturbateurs endocriniens à des concentrations similaires à celles retrouvées dans le liquide amniotique (ii) nuisent au développement cérébral du têtard. Ils seraient à l’origine d’une baisse du QI des nouveau-nés.

Pour ce faire ils ont d’abord fait une expérience qui consiste à greffer une particule fluorescente sur l’hormone thyroïdienne (T3) afin de pouvoir la quantifier dans l’organisme du têtard en présence de différentes concentrations de PE et T3 exogène. Ils remarquent alors que sur les 15 composés, 11 sont responsables d’une perturbation significative de la signalisation de T3 car la fluorescence augmente, ce qui signifie que la quantité de T3 augmente. Cet effet est dose-dépendant.

Ils ont ensuite disséqué le cerveau du têtard pour voir si les effets sont spécifiques à cette région. Ils ont utilisé une technique d’immunohistochimie qui permet de localiser une protéine toujours par fluorescence au sein d’une portion de tissu. Ils ont alors constaté une augmentation de la fluorescence dans la partie antérieure du cerveau, donc une augmentation de T3. Ils en déduisent que les PE ont des effets spécifiques au niveau du cerveau.

Ils ont étudié les gènes (iii) codant pour T3 et ont constaté que les récepteurs aux hormones thyroïdiennes diminuent considérablement lorsque les substances toxiques sont présentes dans l’organisme.

Ils découvrent aussi grâce à la technique d’immunocytochimie (même principe que l’immunohistochimie mais dans une cellule) que ce mélange chimique améliore la multiplication des neurones et diminue leur taille.

Enfin la mobilité de ces têtards est réduite [iv].

Vous allez me dire que nous ne sommes pas des têtards ! Pas de panique puisque la signalisation de T3 est très conservée chez les vertébrés. Les effets observés chez le têtard pourraient donc aussi l’être chez nous. Le stade de vie du têtard correspond chez l’homme au stade fœtale ou seule l’hormone thyroïdienne de la mère est présente.

Il n’existe pas de définition unique des PE et des études sont encore en cours pour percer les mystères de ces substances.

 

Quelques chiffres à retenir :

2002 : l’OMS définie pour la première fois le terme de perturbateur endocrinien.

2006 : la réglementation REACH met en garde contre les potentiels effets néfastes des PE sur notre organisme.

1991: les scientifiques inventent le mot perturbateur endocrinien lors de la conférence de Wingspread.

Le nombre de spermatozoïdes par millilitre de sperme a diminué de 33% en 15 ans en France.

Le nombre de cancers ne cesse de croître depuis les années 80 en France. Il a augmenté de 35% chez l’homme et 43% chez la femme.

Le nombre d’obèses a triplé entre 1980 et 2012 en France. Le bisphénol A serait la conséquence de cette augmentation.

Sources

http://www.futura-sciences.com/sante/definitions/biologie-perturbateur-endocrinien-9026/

http://www.agirpourlenvironnement.org/campagne/perturbateurs-endocriniens

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20170228.OBS5916/perturbateurs-endocriniens-pourquoi-l-europe-n-a-pas-le-courage-de-les-interdire.html

http://www.cite-sciences.fr/fr/ressources/science-actualites/expo-dossiers/perturbateurs-endocriniens-quels-risques-pour-la-sante/des-substances-omnipresentes/

http://www.cancer-environnement.fr/274-Perturbateurs-endocriniens.ce.aspx#Les_perturbateurs_endocriniens_dans_l_environnement

http://www.inserm.fr/layout/set/print/thematiques/sante-publique/dossiers-d-information/les-perturbateurs-endocriniens

http://www.prioritesantemutualiste.fr/psm/sante-et-environnement/472565/comment-se-proteger-des-perturbateurs-endocriniens

MOOC un homme sain dans un environnement sain

(i) Substance biologique fabriquée par des cellules endocrines et libérée dans le sang pour aller agir à distance sur un organe cible qui possède des récepteurs spécifiques à cette hormone.

(ii) Liquide physiologique dans lequel baigne le fœtus pendant qu’il est dans le ventre de maman.

(iii) Partie de l’ADN qui porte l’information que ta descendance te transmet.

Fini, J.-B. et al. Human amniotic fluid contaminants alter thyroid hormone signalling and early brain development in Xenopus embryos. Sci. Rep. 7, 43786 ; doi: 10.1038/srep43786 (2017).