Suite à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ayant eu lieu le 25 septembre 2015 à New-York, des objectifs ambitieux pour “Transformer notre monde” ont été pris. Appelé “Programme de développement durable – Horizon 2030”, ces 17 objectifs concilient les trois dimensions du développement durable : économique, social et environnemental. La santé et le bien-être sont les lignes directrices de l’objectif numéro 3. Le volet relatif au SIDA est simple : mettre fin à l’épidémie afin que ce ne soit plus une menace de santé publique (1). Mais comme pour tout objectif sur le long terme, il y a des cibles intermédiaires. En 2014, le plan prévu pour l’aube de l’année 2020 (Horizon 2020) par l’ONUSIDA (programme de l’ONU qui a pour objectif de faire interagir et de coordonner les différentes agences de l’ONU pour la lutte contre le SIDA)  est « 90–90–90 »(2).


L’objectif 90-90-90 peut se comparer à un cours d’eau avec une cascade à trois  niveaux :

 

 

 

Est-ce possible, envisageable ? Quelles sont les problématiques actuelles ?

Expliquer la lutte contre le VIH en parlant seulement de l’aspect médical ou moléculaire n’est pas possible puisque le combat se fait à la fois dans les laboratoires de recherche mais aussi sur le terrain au contact des personnes séropositives et des personnes séronégatives. Voici dans cet article un état des lieux non exhaustifs de facteurs humains qui peuvent influencer la cascade des différents 90%.


90 % de la population vivant avec le VIH conscients de leur statut

Le facteur humain qui joue dans ces premiers 90% est la communication. Les campagnes de prévention et d’appel au dépistage ne sont pas diffusées de la même façon dans toutes les régions du monde. La connaissance des mœurs, des habitudes est importante pour cibler efficacement la population envisagée. Il faut prendre en compte l’acceptabilité des campagnes de dépistage au niveau socio-culturel :

 

 

 

Lors de la conférence ENDA-Santé en Décembre 2017 à Abidjan (Côte d’Ivoire), le Dr Fodé SIMAGA (ONUSIDA) proposait de travailler avec le secteur du marketing et des communications, des professionnels capables de connaître les comportements des “populations cibles”. Ces derniers sauront intégrer aux connaissances théoriques, des pratiques actuelles et émergentes pour les lier aux spécificités de la santé publique.

 

90 % de patients diagnostiqués sous traitement

Une personne diagnostiquée HIV+ doit avoir accès au traitement. Dans une grande partie du monde être porteur VIH est très stigmatisant.

Dans les centres de dépistage anonymes et gratuits, les résultats peuvent être donnés une semaine après le prélèvement. Ce temps d’attente est problématique, car la motivation et la disponibilité de la personne peuvent varier. En 2009, à l’Hôpital Saint-Antoine (Assistance Publique–Hôpitaux de Paris) seulement dix des quatorze personnes diagnostiquées positives au VIH sont venues chercher leurs résultats (8). Ceci signifie que quatre personnes séropositives n’ont pas été prises en charge et ne recevront pas de traitement.

Le prix du traitement contre le SIDA dans les pays occidentaux est approximativement de 1000 à 1500€ par personne et par an. Il faut en plus ajouter les frais liés aux analyses de sang régulières, aux coûts du suivi chez le médecin. Mais en France ces frais sont pris intégralement en charge par la sécurité sociale au titre d’une ALD (Affection longue durée). Cependant, dans les pays plus pauvres, ces frais annexes au traitement ne sont pas totalement clairs. Le dépistage est peut-être gratuit mais la consultation chez le médecin est payante, ou alors le suivi sérologique peut être à la charge des personnes séropositives. Cette problématique de coût dissuade les patients d’être sous traitement.

Un dernier facteur pouvant influencer le taux de personnes à recevoir ou non le traitement est le fait que les symptômes soient silencieux. En effet, les symptômes du VIH peuvent mettre du temps à se déclarer. Et malgré la connaissance de leur statut sérologique, les personnes diagnostiquées n’étant pas atteintes de symptômes visibles ne commencent pas le traitement.

 

90 % des personnes sous traitement ARV devraient avoir  une charge virale indétectable

L’état sérologique d’une personne s’obtient en regardant la quantité de virus par volume de sang, c’est ce qu’on appelle la charge virale. Plus la charge virale est importante, plus les risques de transmission sont importants. Lors du pic d’infection la charge virale peut atteindre jusqu’à 1 million d’ARN viral par millilitre de plasma. Pendant la latence clinique (absence de symptômes) qui peut durer plusieurs années, la charge virale est entre 10^3 à 10^4 d’ARN viral par millilitre. Pour considérer une charge indétectable, il faut que la valeur soit inférieure à 10^3 soit 1000 copies d’ARN viral par millilitre de sang.

En principe si le traitement est suivi de manière correcte, cette charge virale diminue jusqu’à devenir indétectable. Cependant, on sait que certains patients ne prennent plus leurs médicaments et arrêtent leur traitement parce qu’elles se sentent en meilleure forme. D’autres ne respectent pas la posologie prescrite par le médecin, par manque de médicaments à disposition certains prennent les médicaments de leur entourage, ou achètent des médicaments sur le marché noir contrefaits… Ces événements intentionnels ou non peuvent expliquer que la charge virale ne diminue pas sous le seuil de référence chez certains patients.

Un autre facteur est lorsque le diagnostic du VIH se fait tardivement et que le patient est à un stade avancé de la maladie, il n’est alors plus possible de diminuer complètement la charge virale et le taux de mortalité lié aux infections opportunistes dûes au SIDA est alors beaucoup plus grand.

 

Il y a malheureusement partout dans le monde des catégories de populations plus à risque que d’autres au VIH. Ce sont les cinq catégories exposées également à d’autres facteurs de risque : les prisonniers, les migrants, les homosexuels, les transsexuels et les utilisateurs de drogues injectables. Quel que soit le pays (développé ou peu développé), l’ostracisme social dont ils sont victimes, est accru s’ils sont séropositifs.

 

Le rapport de l’ONUSIDA (9)  de 2017 fait l’état des lieux de la lutte contre le VIH et est consultable sur le site web de l’organisation.

Pour finir sur une note optimiste, il faut savoir que sept pays (développés et en développement) ont déjà réalisé les cibles 90-90-90 – Botswana, Cambodge, Danemark, Islande, Singapour, Suède et le Royaume Uni (Grande-Bretagne et Irlande du Nord) – et de nombreux autres sont sur le point d’y parvenir.

 

SOURCES :

Source images : ONUSIDA

(1) Resolution adopted by the General Assembly on 25 September 2015 – http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/70/1&referer=/english/&Lang=E

(2) UNAIDS | 2016–2021 Strategy http://www.unaids.org/sites/default/files/media_asset/20151027_UNAIDS_PCB37_15_18_EN_rev1.pdf

(3) http://www.phpt.org/bull-napneung.html

(4) https://www.napneung.net/

(5) https://web.facebook.com/napneung/?_rdc=1&_rdr

(6) HIV Ascertainment through Repeat Home-based Testing in the Context of a Treatment as Prevention Trial (ANRS 12249 TasP) in Rural South Africa – http://online.liebertpub.com/doi/pdf/10.1089/aid.2014.5650.abstract

(7) Quatre jours de dépistage mobile à Base Agip, un quartier de Pointe-Noire – http://journals.openedition.org/anthropologiesante/1208

(8)  http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=7640

(9) En finir avec le sida – Progresser vers les cibles 90-90-90 –

http://www.unaids.org/fr/resources/documents/2017/20170720_Global_AIDS_update_2017