France Culture a lancé début 2013 une série d’événements faisant le bilan de l’année passée dans une discipline. La formule est efficace, elle réunie tout un chacun dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. En effet l’inscription est gratuite et ouverte à tous, et rien que pour pénétrer dans ce haut lieu de savoir et d’apprentissage, ça vaut vraiment le coup. Sous l’œil contemplatif des immenses statues de Pascal, Descartes ou encore Lavoisier ; une série de tables rondes d’une heure quinze nous est présentée, accompagnée de questions du public pendant un quart d’heure. Le forum du 23 février était donc consacré aux sciences.

La première table ronde s’intitule  « Le cas Pistorius, homme augmenté ou réparé ? »
Le sujet, ô combien glissant au vu de l’actualité, a su être intelligemment animé  par René Frydman, pionnier de la procréation médicalement assistée (PMA) et animateur à France Culture. Les quatre invités ont pu débattre sur la recherche de l’homme à améliorer sa condition de simple homme en y intégrant de la technologie. Les concepts de méta-humain ou encore cyborg (humain-cybernétique) ont été abordés dans leur sens originel sans tomber dans la fiction hasardeuse. Les expériences du professeur de cybernétique Kevin Warwick de l’université Reading (UK), ont posé plusieurs questions, un homme en bonne santé a-t’il besoin de s’améliorer ? La technologie doit elle être amélioratrice ou seulement réparatrice ? Le débat, quoique parfois un peu brouillon, a su mettre les problèmes d’éthique au premier plan et alerter sur cette évolution choisie plutôt que naturelle.

La seconde table ronde s’intitule « Curiosity sur Mars : l’espace est il l’avenir de l’homme ? »
Et démarre sur une entre tonitruante d’André Brahic, professeur d’astrophysique, tout en optimisme. Pour lui l’espace, l’exploration spatiale et les progrès scientifiques et technologiques qui l’accompagnent sont l’avenir de l’homme. Puis Violaine Sautter, directeur de recherche au CNRS et chercheuse sur le projet Curiosity, nous parle de l’exploration martienne. Le rover Curiosity est depuis le 6 août dernier posé sur Mars pour en explorer le sol. Cette mécanique à la pointe de la technologie est piloté depuis la terre et a pour objectif de parcourir le sol martien pour y découvrir l’histoire géologique de la planète, et pourquoi pas d’anciennes traces de vie en profondeur ? Puis le débat a embrayé sur le besoin de l’exploration humaine. Les intervenants se sont affrontés sur l’utilité du programme ISS, mais tous s’accordent à dire que les missions du type Apollo sont des avancés scientifiques tellement exceptionnelles qu’il est difficilement envisageable de les ignorer encore pendant vingt ans. « Il faut réapprendre l’exploration spatial » d’après André Brahic, la compétition avec le peuple chinois est propice à une accélération des programmes spatiaux. Mais quid du tourisme spatial et des programmes spatiaux privés ? Les intervenants insistent sur le fait qu’aujourd’hui les missions existent surtout grâce aux télécommunications et à leur besoin de satellites. L’espace nous est tellement inconnu est reste bel et bien l’avenir de l’homme.

La troisième table ronde intitulée «  Fonte des glaces, l’indifférence nous protège t’elle du réchauffement climatique ? » débute alors mais nous avons profité de ce débat pour faire une pause « déjeuner », donc pas de résumé proposé.

La quatrième table ronde « Nucléaire, filière d’avenir ? Quelles réactions en chaine ? » propose un sujet intéressant mais qui est rapidement occulté par des luttes politiciennes, et malheureusement cela n’a pas manqué. Corinne Lepage et Bernard Laponche ont affrontés Bertrand Barré d’Areva dans un débat vu et revu, sans saveur, sans profondeur, et surtout sans approche scientifique. Le publique, plus nombreux que le matin, a pris part à ce débat lassant. Un bilan des catastrophes nucléaires depuis Tchernobyl a été formulé et le constat de la dépendance énergétique de la société actuelle a été établi. Aujourd’hui, il est vraiment difficile de sortir du nucléaire en France, cela coute cher et les nouvelles techniques de production d’énergie ne sont pas assez efficaces s’accordent tout de même à dire Mme Lepage et M Barré. Aucune allusion aux progrès scientifiques dus au nucléaire, dans la médecine notamment. Cette table ronde est le hors-sujet malheureux de la journée.

La cinquième et dernière table ronde qui s’intitule «  La science est elle un problème ou une solution ? » débute par une longue introduction de la part des intervenants, Daniel Andler, Jean-Pierre Goux, Etienne Klein, Jacques Testart. La science est forcément une solution, elle répond aux questions du quotidien et plus encore, si elle existe c’est bien pour résoudre les énigmes de la nature. Mais les problèmes interviennent par des dérives des connaissances scientifiques. Mais qui peut se permettre aujourd’hui de donner des directives dans l’orientation de la recherche de nos scientifiques ? Une place pour la démocratie ? Doit-on prendre en compte l’avis du peuple pour les décisions scientifiques ? Etienne Klein répond avec humour : « Je n’aurais pas apprécié que l’on demande aux français si les résultats du LHC marquaient bien la découverte du boson de Higgs », les sciences n’ont pas vocation à être démocratiques, il ne faut pas confondre le droit de savoir et le désir de connaitre. Il y a un désintérêt profond pour la politique de la part des scientifiques ce qui n’est pas pour accompagner le progrès scientifique de manière optimale.  Jacques Testart, professeur de biologie propose la création d’un jury populaire scientifique afin de statuer sur les questions de science, constitué de profanes ayant tous suivis une formation équivalente pour être le plus objectif possible.

Enfin la dernière intervention est annoncée comme étant une « leçon » de monsieur Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012. La leçon de physique annoncée n’a pas eu lieu, à la place nous avons eu le droit à un réquisitoire sur les freins de la recherche aujourd’hui en France. Un manque de confiance, des évaluations trop fréquente, des lourdeurs administratives ; le système actuel de recherche en laboratoire est trop contraignant. Une culture de résultat rapide est demandée alors que la recherche, pour Serge Haroche, doit se faire sur du long voir très long terme. Malheureusement, le Nobel, très pressé, à du écourter son intervention.

Cette journée était globalement intéressante, des intervenants de qualité et les problématiques qui menaient à des réflexions assez poussées. La cible étant tout public, nous avons pu regretter une trop grande vulgarisation des sujets scientifiques, mais c’est le principe du forum qui voulait cela. Vous pouvez retrouver la retransmission de ces tables rondes sur France Culture toute la semaine de 14H à 15H, et les télécharger sur le site.

Sources

www.franceculture.fr
Le programme est également disponible ICI